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La Pandore, à Senlis (journal quotidien)

[Extr. de] L'imprimerie à Senlis depuis 1508 ; les journaux locaux : 1756-1933 / par le Dr. Dautheuil et E. Vignon. - Senlis : Imprimeries Réunies, 1933. - pages 92 à 95.

tn-lapandoreLe samedi 3 janvier 1829, paraît le n° 1 d'un petit journal format grand in-4° 25 cm. x 20 cm. environ, imprimé à Senlis.
Les Bureaux du journal sont à Paris, boulevard Poissonnière n° 6 et à Senlis, chez Tremblay.
Les propriétaires et rédacteurs en chef sont MM. Gosse et Montigny.
L'abonnement de 15 francs pour 3 mois à Paris, n'est que de 13 fr. 80 pour Senlis et le département de l'Oise.
Depuis combien de temps, la Pandore paraissait-elle à Paris ?

ecran01 Consulter en ligne "La Pandore"

Son premier numéro à Senlis nous déclare qu'elle est obligée de s'établir en cette ville, pour des raisons de fortune.

« La loi du cautionnement ne permet pas à un journal de vivre à moins de 6.000 francs de rente, tant à Paris que dans la Seine, Seine-et-Oise et Seine-et-Marne.
La Pandore qui n'a pas 6.000 francs de rente a dû élire domicile dans le lieu le plus voisin possible de la capitale, mais hors des trois départements, où il fait si cher à vivre.
Elle a trouvé Senlis, ville merveilleusement située et qui semble avoir été fondée exprès pour servir de refuge à un pauvre journal qui n'a que 1.200 francs de rente à donner pour gage de sa bonne conduite. Senlis, ville charmante, quoiqu'on disent les dictionnaires, ayant eu jadis un évèché et un bailliage, aujourd'hui bien mieux — une excellente imprimerie, une bibliothèque publique, de bons établissements industriels ; Senlis, doucement administrée au spirituel par M. l'Evèque de Beauvais [...] exemptée de jésuites... »
.

Cette préface nous fait voir l'opinion politique du journal.

« Nous serons pour nos concitoyens de Senlis des gens intéressans : que de questions on nous fera à la descente de la voiture ? (nous ramenant de Paris, car on fera la navette de Paris à Senlis). L'administration, l'industrie, l'agriculture du département de l'Oise seront l'objet de nos soins vigilants ».
C'est donc un journal parisien qui devient par raccroc journal de l'Oise : il intéresse, oh ! bien peu, l'Oise et particulièrement la région de Senlis.
La Bibliothèque de Senlis possède  les épreuves des 28 numéros de janvier (du 3 au 31 janvier) et des 15 premiers numéros de février jusqu'au 43e, des 13 derniers numéros de février sans chiffre et les numéros du 1e au 29 juin 1829.
Ce journal, édité sur très fort papier, porte à la fin la marque de Tremblay, imprimeur de S. A. R. Mgr le Prince de Condé, Senlis.
M. Louat (1) a fait une conférence sur « La Pandore ».

« Sous ce titre mythologique parut, dit-il, au début de janvier 1829, un petit journal quotidien de Paris, que des nécessités budgétaires faisaient imprimer à Senlis, à l'imprimerie Tremblay. C'était sous le ministère Martignac, assez libéral comme l'on sait ; ce journal est légèrement satirique ; il donne, chemin faisant, des nouvelles de Senlis ou d'autres localités du département de l'Oise ».


Il fait allusion à la démolition des remparts de Senlis.
Le conférencier mentionne aussi quelques articles littéraires ; des comptes rendus de premières représentations parisiennes, notamment le Henri III et sa Cour, d'Alexandre Dumas père, et des articles sur les modes : descriptions intéressantes des soirées où les hommes avaient encore la culotte courte et des bas brodés !

[...]

Le n° 19 nous parle de la Bibliothèque Municipale où sont de nombreux livres anciens assez rares.
Bien que la Pandore supprime son numéro du 21 janvier, ne croyez pas que ce soit par respect pour la mort de Louis XVI. Ce devait être ordonné à tous les journaux, car son numéro du 22 se moque de la Gazette de France et de la Quotidienne qui paraissent encadrés de noir.

[...]

Jusqu'au 4 juin, [...]  le journal ne présente guère de modifications, mais dans l'en-tête du 4 juin, on ne parle plus d'un prix différent pour les abonnés de Senlis et de l'Oise. Le nom de l'imprimeur ne s'étale plus en tête, mais bien seulement dans des lettres minuscules au bas de la dernière page. Les abonnés de 3 mois, n'avaient pas dû renouveler leur abonnement. Aussi bien les nouvelles de Senlis et du département se faisaient-elles de plus en plus rares dans ce journal, surtout consacré aux spectacles de Paris. C'était le « Comœdia » de 1829.

Le n° du 15 juin porte à la fin en grosses lettres : Imprimerie de Tremblay, place Saint-Maurice. Cette inscription s'étalera jusqu'au dernier numéro que possède la Bibliothèque Municipale, celui du 29 juin, mais les nouvelles de l'Oise et de Senlis sont bien finies.
Le Journal fut-il continué ?
La publication a-t-elle cessé avec l'avènement du ministère Polignac ?...

Ce journal n'a pas survécu longtemps à la Révolution de 1830 en tout cas ; mais Gosse, son fondateur, était persuadé que la Pandore avait amené la Révolution de Juillet.


(1) Compte Rendu de la séance de la Société d'histoire et d'Archéologie de Senlis du 16 avril 1925, page XLIII.