L'art de perdre

Le coup de de Ghislaine

L'art de perdre

Alice Zeniter

Flammarion - 2017

R ZEN

 

Dans la vie, on peut faire le mauvais choix. Tel fut le cas des Harkis, considérés comme traites en Algérie (les Rats, les Chiens disait-on), déconsidérés en France, leur pays d’accueil. En écrivant « L’Art de perdre » Alice Zeniter, petite fille de Harki, retrace, par la voix de la narratrice, Naïma, une saga familiale qui s’étend sur trois générations. La première évoque l’histoire d’Ali son grand-père, un Kabyle devenu propriétaire terrien à force de labeur. Il vit heureux avec Yema et ses enfants parmi les oliviers et les figuiers. Parce qu’il souhaite la paix au village, il s’oppose à toute incursion violente tant du côté des partisans FLN cachés dans les montagnes que de l’armée française, prompte aux représailles. Sans doute fréquente-t-il trop la caserne de Palestro ou l’épicerie de Claude, un Pied-Noir bien intégré ? Dénoncé comme indicateur, il doit fuir en 1962 au moment où, grâce aux accords d’Evian, l’Algérie retrouve son indépendance. Il lui faut donc abandonner ses terres, se joindre au flux des rapatriés massés sur le Port d’Alger, jeter un dernier regard vers la terre natale… Commence alors la seconde partie intitulée « la France froide ». Quel accueil pour cette population démunie de tout ! Les Harkis sont parqués dans des camps de réfugiés, à Rivesaltes puis à Jouques dans les Bouches-du-Rhône. Ils vivent dans des conditions précaires, exclus, victimes de racisme et d’humiliations. Puis les familles sont transférées définitivement en Normandie, à Pont-Féron, banlieue de Flers. Elles s’entassent dans de petits appartements HLM où seuls la salle de bains va émerveiller les enfants. Sinon, tout est gris, le ciel, les barres d’immeubles, la vie… Avec 2000 autres ouvriers non qualifiés, Ali travaille à l’usine d’où il revient épuisé, taciturne, honteux. Son fils aîné Hamid, épaulé par son instituteur, parviendra au lycée. Ainsi sera-t-il d’un précieux secours pour ses parents et cette population qui n’aura jamais appris la langue française ! Les rites et les coutumes perdurent grâce aux femmes cantonnées au foyer, qui racontent et se souviennent de leur pays lumineux éclatant de soleil.

La troisième partie « Paris est une fête » a une tonalité plus gaie. Avec ses amis du lycée, Hamid prend son envol, s’éloigne de sa famille et rompt même avec son vieux père. Il ne fera pas d’études supérieures mais rencontre Clarisse avec qui il fonde une famille. Quatre filles naîtront de ce couple mixte, dont Naïma. Emancipée et cultivée, elle travaille dans une galerie d’art à Paris, elle est désireuse de connaître son pays d’origine. Elle sera la seule à faire le voyage en Algérie sur les traces de ses ancêtres.

Alice Zeniter nous présente avec beaucoup de vérité et d’émotion, un pan de notre histoire oubliée dans les manuels scolaires, celle d’une génération blessée, mal comprise, en quête d’identité. Eux, les Harkis de la première génération n’ont jamais oublié leur Kabylie natale mais leurs enfants se sentent français à part entière.       600 pages de lecture facile, agréable et fluide.

 

 

 

 

 

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