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Le patrimoine numérisé de la médiathèque

Je remballe ma bibliothèque

Le coup de de Françoise

Alberto Manguel

Je remballe ma bibliothèque

Actes Sud - 2018

R MAN

 

« Oui, bien sur je croyais que je passerai le dernier soir dans un coin de paradis parmi mes livres avec ma chienne mais c’est la nature du paradis que nous devons le perdre… L’avenir, la mémoire et la réflexion, tout paraissait vivre et se conjuguer dans le silence. C’était le souhait de Montaigne et de Candide mais il est difficile en ce moment de cultiver son jardin ».

Ainsi, Alberto Manguel (né en 1948), installé désormais à Manhattan, déplore la perte, dans une élégie à ses chers livres, en forme d’inventaire. En 2014, suite à des problèmes avec l’administration fiscale française, l’écrivain argentin quitte avec amertume son « Nautilus », bâti dans la vallée de la Loire. Il y vivait depuis 2001 dans un ancien presbytère du XVème siècle à Mondion (Mondionis). Il avait installé, dans une grange, une colossale bibliothèque de 35 000 ouvrages. Au moment de son départ, il s’est vu proposer la direction de la bibliothèque nationale de Buenos-Aires comme jadis l’avait été son mentor et bien-aimé Jorge-Luis Borges (1889-1986) mais Borges contrairement à Manguel n’était pas attaché au Livre en tant qu’objet, sa bibliothèque était sa mémoire.

Manguel organisa la bibliothèque de Buenos-Aires pendant trois ans. Actuellement, il habite New-York mais sa bibliothèque personnelle dort dans des caisses au Canada où il n’a pas accès. Je remballe ma bibliothèque évoque son histoire, le lien aux livres, son attachement depuis son enfance – ce qu’il a éprouvé en remballant ses livres – ce que peut éprouver un homme tel que lui, pour les hommes en général, d’Alexandre à Don Quichotte, enfin la création et la disparition d’une bibliothèque.

Manguel est devenu sa propre métaphore, triste comme une élégie: « Sa perte vous aide à vous souvenir de ce que vous êtes vraiment ». D’Israël où son père était ambassadeur (à Tel-Aviv), à la France en passant par le Canada et d’autres lieux, il fait le récit des brèves vies de ses bibliothèques. Chaque étape lui inspire une disgression. Son remballage semble avoir quelque chose d’un éloge funèbre.

Pour se consoler, il a juste gardé le Stalky et Cie de Kipling, un cadeau de Borges, Alice (Alice de Lewis Carroll), Le nommé Jeudi de Chesterton et les oeuvres complètes de Borges mais il écrit: "Les autres me manquent et je les entends m'appeler la nuit... Ils sont tels des fantômes, ils m'encouragent, me parlent et me donnent des idées...

On découvre au travers de cet essai biographique un auteur érudit, un poète attachant, ayant pour seule ambition de partager ses émotions, sa passion des livres, des histoires littéraires qui ont formés sa propre vie.